Thursday, June 26, 2008

Le fait du Prince

Bon, il l'a fait. Sarkozy a décidé de taxer la marine à vapeur pour financer la marine à voile déclinante. Ou plutôt il a décidé de taxer les connexions Internet et les opérateurs de téléphonie mobile pour financer la télévision. La télévision publique, en l'occurrence, qui ne diffusera plus de publicité, et dont le financement va donc devenir complètement indépendant de l'activité. Je m'explique : la publicité est tributaire de l'audience. Si les émissions sont trop mauvaises, les gens cessent de regarder. Même la redevance est dépendante de l'attractivité des émissions : les gens ont toujours le choix de renoncer à posséder un poste de télévision. Mais les téléphones mobiles et les connexions Internet n'ont rien à voir avec la qualité des émissions de télévision (d'ailleurs, je ne pense pas que les FAI et les opérateurs se laissent faire. Ce financement est encore loin d'être certain). Ce qui veut dire que, quelle que soit la qualité des émissions de France Télévisions, son financement sera le même. Sachant que, globalement, les programmes de qualité ont un prix de revient plus élevé que les mauvais, que pensez-vous qui va se passer ?

Mais tout ça n'est que broutilles par rapport à la "petite annonce" faite complètement en passant par Sarkozy hier soir. Profitant de l'effet de choc (tel qu'expliqué par Naomi Klein dans son livre "la stratégie du choc", que je ne peux que vous enjoindre à lire) de son annonce, il en a profité pour décréter que dorénavant, le président de France Télévisions ne serait plus désigné par un organe ayant une relative indépendance, le CSA, mais par "l'exécutif", c'est à dire Sarkozy lui-même. Pour le coup, l'annonce dépasse de loin la problématique de la suppression de la publicité (ça n'a d'ailleurs aucun rapport). Il s'agit d'une prise en main totale du service public de la télévision au profit des intérêts politiques de Sarkozy.

Je repose la question que j'ai déjà posé il y a quelques temps : y a-t-il encore quelqu'un pour nier la dérive autocratique du pouvoir depuis l'élection de Sarkozy ?

3 comments:

rastreins said...

Poser la question, c'est y répondre. Toutefois, sous des dehors "berlusconards", il s'écarte de ses aînés au sens aù, jusqu'à présent, nul n'a réussi à faire tinter suffisamment les casseroles qu'il traîne derrière lui. Car, souverain mépris, il se soucie comme d'une guigne de son impopularité. Sarkozy ne gouverne pas, il règne. Le mépris qu'il suscite tant chez ses compatriotes qu'à l'étranger l'indiffère. Elu pour cinq ans, il s'empressera ensuite de monnayer son carnet d'adresses.

Traroth said...

Oui, je suis globalement d'accord avec ça. Je dirais même que ça mégalomanie va le pousser à *ne pas* se représenter : il risquerait de ne pas supporter le camouflet d'un échec qui serait alors retentissant (même s'il a déjà pris un nombre pas croyable de tôles, mais du genre dont on peut se relever).

Traroth said...

Mais d'accord avec vous concernant l'avenir de Sarkozy. Je suis certain que le groupe Carlyle sera prêt à l'accueillir à bras ouverts !